Le gouvernement présente 25 mesures phares pour la prévention en santé

Le gouvernement présente 25 mesures phares pour la prévention en santé

Contre le tabac, les substituts nicotiniques seront remboursés, mais l’alcool ne fait l’objet que de mesurettes.

Le premier ministre, Édouard Philippe, et la ministre de la Santé et des Solidarités, Agnès Buzyn, ont présenté ce lundi les « 25 mesures phares » de la politique de prévention à l’issu d’un comité interministériel. De quoi « simplifier et rendre plus lisible et plus efficace l’action publique », a expliqué cette dernière.

Un acte qui n’est pas sans rappeler les 100 objectifs de la loi de santé publique de 2004 portée par le ministre d’alors, Philippe Douste-Blazy, mais qui incarne surtout « la révolution de la prévention annoncée par le président de la République », comme l’a rappelé Agnès Buzyn. Malheureusement, s’il faut voir l’ombre du président dans la politique de prévention affichée, c’est plutôt dans la coupable tolérance qu’il affichait encore récemment à l’égard de la lutte contre la consommation d’alcool. Celle-ci se résume à des mesurettes dans la politique de prévention du gouvernement.

Nonobstant ce péché originel, les mesures annoncées s’efforcent de couvrir les Français du berceau jusqu’à l’Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Et même avant, puisque le gouvernement prévoit une campagne auprès des femmes désirant avoir un enfant afin de les sensibiliser à la nécessité d’un apport suffisant en vitamine B9 par supplémentation, dans les quatre semaines qui précèdent la conception (et au-delà). Cette carence fréquente serait responsable, dans la proportion de 1 naissance sur 1 000, de malformations graves de la moelle épinière, de morts in utero et d’interruptions médicales de grossesse. Le gouvernement souhaite aussi sensibiliser les futures mères aux consommations à risque (tabac, alcool, cannabis) pendant la grossesse.

S’agissant des enfants, « les actions se concentrent sur les 1 000 premiers jours de vie, période essentielle pour notre bon développement », a souligné Agnès Buzyn. À côté des 11 vaccins obligatoires déjà prévus, la ministre a donc annoncé son intention de réorganiser les consultations actuellement prévues pendant l’enfance: « Les 20 examens actuellement prévus de 0 à 6 ans seront redéployés de 0 à 18 ans pour une meilleure prise en charge afin de suivre l’enfant jusqu’à sa majorité. Ces 20 examens seront pris en charge à 100 % par l’Assurance-maladie », a-t-elle précisé. Celui de 15-16 ans permettra en outre de « sensibiliser aux risques auditifs liés aux bruits excessifs et de dépister des troubles de l’audition, handicapant pour le développement et les apprentissages ». Dès 2019, le vaccin contre la grippe pourra être fait par les pharmaciens.

Un effort particulier sera fait à destination des territoires ultramarins « en créant une centaine de postes d’assistants spécialistes outre-mer ». Bien sûr, le rôle de « l’école promotrice de la santé » est réaffirmé. La lutte contre les addictions est au programme, mais aussi l’apprentissage des gestes de premiers secours pour que 80 % de la population y soient formés à terme.

Manque d’ambition, en revanche, sur la lutte contre les troubles du comportement alimentaire (souvent réduits au surpoids, en oubliant l’anorexie), de la sédentarité et la prévention en santé sexuelle puisque l’on en reste à des « expérimentations ». Pas un mot non plus sur l’importance du sommeil, un problème majeur de santé publique qui ne concerne pas que les plus jeunes.

Le gouvernement compte cependant sur « un nouveau bras armé pour la politique de prévention », selon l’expression du premier ministre, à travers 48 000 futurs médecins, sages-femmes et infirmiers qui effectueront dès la prochaine rentrée des missions dans les collèges, lycées, universités mais aussi par la suite dans les Ehpad, prisons, entreprises, etc. Le premier ministre, avec le ministre de l’Intérieur et la garde des Sceaux, a décidé « de conserver à la consommation de cannabis sa qualification de délit, mais au lieu de le sanctionner par de la prison le faire par une amende forfaitaire systématique ». Une décision qui fait bondir Yann Bisiou, maître de conférences en droit privé et sciences criminelles à l’université Paul-Valéry (Montpellier), spécialiste des questions de toxicomanie. « Les amendes délictuelles forfaitaires sont très difficiles à appliquer en pratique (on l’a vu avec la conduite sans permis et sans assurance), explique-t-il au Figaro, mais surtout c’est un changement de paradigme, car c’est la première fois que la réponse officielle n’est pas la prise en charge sanitaire mais la répression. »

Contre le tabac, le premier ministre n’a pas boudé son plaisir en annonçant la fin du forfait de remboursement des substituts nicotiniques pour les fumeurs imaginé en 2007 par le ministre de la Santé, Xavier Bertrand: « Cela fait vingt ans que l’on tourne autour du pot, a expliqué le premier ministre. On va essayer de rendre les choses plus simples: votre médecin pourra vous prescrire ces substituts nicotiniques et vous pourrez en obtenir le remboursement comme celui de n’importe quel médicament. »

Une initiative aussitôt saluée par le Dr Frédéric Le Guillou, pneumologue et président de l’association BPCO (sigle qui désigne une insuffisance respiratoire en grande majorité due au tabac): « On ne peut que se réjouir de cette avancée en termes de santé publique pour une vraie politique de prévention. » Car si, comme l’a souligné Édouard Philippe, « le tabac est un vrai ennemi lié à 73 000 morts par an », la BPCO est responsable de 18 000 décès par an et plus de 120 000 malades qui vivent avec une oxygénothérapie permanente.

« Dès 2018, un plan de 15 millions d’euros annuel financera des programmes de prévention en Ehpad, ciblés sur la prévention de la perte d’autonomie et l’aggravation de l’état de santé auprès des résidents », précise le dossier de presse du comité interministériel pour la santé.
Mais le grand oublié de ce premier plan est la lutte contre la consommation d’alcool. « Vu du foie, le vin a encore gagné », concluent dans un communiqué cinglant neuf experts de santé publique, visiblement dépités de constater que « la seule mesure de prévention concernant l’alcool est l’augmentation de la taille du pictogramme (figurant sur les bouteilles d’alcool, NDLR) ; cette mesure très circonscrite ne suffira pas à faire évoluer favorablement la situation ».

 

Source : Argus de l’Assurance

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