Accès aux soins : selon l’UFC-Que Choisir, le bilan du gouvernement est désastreux

La « fracture sanitaire » n’a fait qu’empirer depuis 2012, selon l’étude menée par l’UFC-Que choisir. L’association de défense des consommateurs juge totalement inefficace les mesures prises pour lutter contre les déserts médicaux et les dépassements d’honoraires.
L’UFC-Que Choisir livre un constat alarmant de l’accès aux soins pour les patients. « C’est le diagnostic d’un véritable état d’urgence sanitaire », estime son président, Alain Bazot. Selon une étude réalisée par l’association de consommateurs, quelque 23 % de la population (14,6 millions de personnes) a les plus grandes difficultés à trouver un médecin généraliste à moins de 30 minutes en voiture de chez eux. A savoir que l’offre médicale s’avère 30 % à 60 % en dessous de la moyenne nationale. Et la proportion monte à 30 % lorsqu’il s’agit de consulter un médecin pratiquant les tarifs de la Sécurité sociale (secteur 1).
GYNÉCOLOGUES ET OPHTALMOLOGISTE INTROUVABLES
Mais les chiffres s’avèrent encore plus préoccupants concernant les spécialistes. Près d’un tiers de la population bénéficie d’un accès limité à un gynécologue ou à un ophtalmologiste en dessous de 45 minutes de trajet en voiture. Et si l’on y ajoute le critère financier — consultation sans dépassement d’honoraires — l’accès aux soins s’avère difficile pour 82 % des personnes ! « Si l’on doit se soigner au tarif de la Sécurité sociale, plus de 8 Français sur 10 ont une offre insuffisante de gynécologues ou d’ophtalmologistes », commente Daniel Bideau, administrateur de l’UFC-Que Choisir et animateur de la commission santé.
ENCORE MOINS D’ACCÈS AUX SPÉCIALISTES DE SECTEUR 1
Selon l’UFC-Que Choisir qui avait mené la même étude en 2012, la situation de l’accès aux soins s’est dégradée depuis quatre ans. Que ce soit sur le plan géographique ou financier. Près de 60 % des Françaises connaissent plus de difficultés pour trouver un gynécologue alors que cet accès s’est amélioré pour seulement 11 % d’entre elles. Et près de la moitié de la population a vu l’accès à un spécialiste sans dépassement se réduire. « Quelque que soit la spécialité, le recul de la présence des médecins sur le territoire est généralisé, et aucune région n’est épargnée, pas même l’Ile-de-France », souligne l’UFC-Que Choisir.
UN THÈME CHER À HOLLANDE ET TOURAINE
Autant dire que la « fracture sanitaire », révélée voilà quatre ans, s’est accentuée. « La situation n’a fait qu’empirer depuis 2012 », analyse Alain Bazot, qui dénonce « l’inefficacité dramatique des mesures » prises sous le quinquennat Hollande. Que ce soit la création du contrat d’accès aux soins (CAS), dans le cadre de l’avenant n°8 à la convention médicale d’octobre 2012, afin de maîtriser les dépassements d’honoraires ou les mesures en faveur de l’installation des médecins. Bref, un zéro pointé adressé au président et à sa ministre de la Santé, Marisol Touraine qui ont pourtant fait de l’accès aux soins un de leurs thèmes d’actions privilégiés.
HAUSSE CONTINUE DES DÉPASSEMENTS
« Contrairement au discours de l’assurance maladie, on constate une hausse continue des dépassements d’honoraires », précise Mathieu Escot, chargé d’études à l’UFC Que Choisir, qui dénonce les « effets d’aubaine » du contrat d’accès aux soins — « 30 % des ophtalmologistes qui ont signé le CAS viennent du secteur 1 » — et un « jeu de dupes » : « En 2014, le CAS a généré 59 M€ d’économies, alors que les contreparties accordées aux médecins se sont élevées à 470 M€, dont 320 M€ pour l’assurance maladie et 150 M€ pour les complémentaires. Chaque euro de dépassement évité a coûté 8 euros à l’assuré. »
SAUPOUDRAGE DE MESURES
Quant à la lutte contre les déserts médicaux, elle se résume, selon l’association, « à du saupoudrage incitatif », sans grand effet. Et de citer entre autres, l’option démographie instaurée par la convention médicale en 2011 afin d’aider les médecins exerçant en groupe dans les déserts médicaux. « 90 % des bénéficiaires sont déjà installés et pire, l’aide reçue par les jeunes est inférieure de 25 % à celle perçue par les plus anciens », critique Mathieu Lescot.
FERMER L’ACCÈS AUX HONORAIRES LIBRES
Face à cette « situation dramatique », il est nécessaire selon Alain Bazot de « s’attaquer au dogme de la liberté à tout crin ». L’UFC-Que choisir propose deux mesures « réalistes, pas du tout extrémistes ». Il s’agirait primo de « fermer l’accès au secteur 2 » : « Le CAS ne pourra produire des effets qu’à partir du moment où il ne sera plus facultatif ». Et secundo, l’association préconise un « conventionnement sélectif des médecins » : «Toute installation en zone surabondante ne pourrait se faire qu’en secteur 1. » Et à défaut d’être entendue lors de la négociation actuelle de la nouvelle convention médicale, l’UFC-Que choisir espère bien peser sur les programmes de la prochaine présidentielle.

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