La consultation chez le psychologue bientôt remboursée dans quatre départements

La Caisse Primaire d’Assurance Maladie de Haute-Garonne, notamment, va rembourser les consultations de psychologues et psychothérapeutes agréés. Objectif affiché: faire baisser la consommation d’antidépresseurs.
C’est une pathologie fréquente dans les pays occidentaux. La dépression toucherait 3 % des hommes et 6 % des femmes. Afin de réduire la consommation d’antidépresseurs, plusieurs Caisses Primaires d’Assurance Maladie (CPAM) expérimentent la prise en charge à 100 % des consultations chez des psychologues et psychothérapeutes agréés. Cette mesure concerne les patients assurés de Haute-Garonne, du Morbihan, des Bouches-du-Rhône et des Landes de 2018 à 2020.
Dans le détail, l’Assurance maladie teste deux expérimentations. L’une « s’attaque à la souffrance des jeunes (11-21 ans) et se définit dans des zones définies hors de Bretagne », a détaillé France 3 Bretagne, dans un article datant du 7 mars dernier. Une autre porte sur la prise en charge des troubles en santé d’intensité légère à modérée des adultes, âgés de 18 à 60 ans, dans quatre départements.
« Un mauvais usage des antidépresseurs »
Pour en bénéficier, il faudra d’abord se voir délivrer une ordonnance de son médecin traitant pour une séance d’évaluation de quarante-cinq minutes, « à destination d’un psychologue conventionné, dont il vous fournit la liste », explique La Dépêche. Si le professionnel établit que le patient souffre de troubles mentaux, une seconde prescription de dix séances de soutien d’une demi-heure doit être effectuée. Si les difficultés persistent, 10 séances de quarante-cinq minutes seront délivrées. « En cas de pathologie plus lourde, le patient pourra être orienté vers un médecin psychiatre », souligne le quotidien régional. « Le dispositif représente 20 séances maximum (…) La CPAM règle directement le professionnel. Les dépassements d’honoraires pour les malades inclus dans l’expérimentation ne sont pas autorisés ». Pour rappel, le recours à un psychologue ou un psychothérapeute, même s’il est conventionné, n’est pas remboursé à l’échelle nationale, pour l’instant. La consultation chez un psychiatre – qui est, lui, médecin et habilité à prescrire des médicaments au patient – peut être remboursée par l’Assurance maladie, à hauteur de 70 %.
Pour la Sécurité sociale, l’objectif est clair. Faire diminuer la consommation d’antidépresseurs, et réaliser des économies. En 2015, 7,2 millions de personnes ont été prises en charge pour des problèmes de santé mentale selon l’Assurance maladie. Le coût total de la prise en charge s’est établi à 19,3 milliards d’euros cette année-là. Dans les faits, les deux expérimentations suivent les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS), publiées l’an dernier. « Certaines déprimes passagères ou certains troubles psychiques graves sont parfois pris pour des dépressions et traités de façon inadéquate », a fustigé l’institution. « Même lorsque la dépression est correctement diagnostiquée, on observe souvent un mauvais usage des antidépresseurs : trop souvent prescrits pour des dépressions légères, pas assez dans des dépressions sévères, ou délivrés sans psychothérapie ni suivi ».
Un taux de remboursement contesté
« C’est une belle avancée pour ouvrir notre profession à une patientèle qui sans remboursement ne consulte pas », s’est félicitée Fanny Villain, psychologue, au micro de France 3. « C’est pour eux que nous sommes satisfaits ». « Nous sommes tout à fait favorables à ce type d’expérimentation », soutient Benoît Schneider, coprésident de la Fédération Française des Psychologues et de Psychologie, au Figaro. « Nous sommes confrontés à une désertification de la prise en charge ».
L’expérimentation est cependant loin de faire l’unanimité. « Sur le fond, nous pensons que c’est une bonne chose de faciliter l’accès aux soins », reconnaît Jacques Borgy, secrétaire général du Syndicat National des Psychologues. « Par contre, le taux de remboursement n’est pas admissible : il est de 32 euros pour la première séance d’évaluation, 22 euros pour une séance de trente minutes et s’élève toujours à 32 euros pour la deuxième série de séances de quarante-cinq minutes ». Des montants jugés insuffisants, compte tenu des prix du marché. Le prix d’une consultation s’établit entre 50 et 60 euros. Et c’est sans compter sur les charges du cabinet.
Autre point de discorde, la nécessité d’une prescription du médecin traitant. Pour le SNP, le patient est apte à décider lui-même s’il a besoin d’une consultation. Résultat, le Syndicat National des Psychologues a lancé une pétition, qui a récolté « 7500 signatures », et a été envoyée au ministère de la Santé. « Si on doit aller vers une généralisation du dispositif dans trois ans, il va falloir renégocier les tarifs », martèle Jacques Borgy au Figaro. « Il est vrai que le taux de remboursement est faible », reconnaît Benoît Schneider. « Pour autant, il faut qu’on essaie d’avancer sur le sujet ».
 
Source : Le Figaro

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