Santé : qui va payer pour la révolution médicale

Les coûts liés aux progrès de la médecine posent des défis de société que les pouvoirs publics, les professionnels de santé et les organismes d’assurance devront relever ensemble.

C’est sans doute un signe des temps : la présence commune d’assureurs, de professionnels de santé et d’institutionnels, à la tribune d’une manifestation comme Reavie, ou dans un autre contexte, est de plus en plus fréquente. Ainsi, la 29ème édition du congrès des assureurs de personnes organisé par l’Argus de l’assurance du 10 au 12 octobre à Cannes a réuni des représentants de ces trois secteurs pour se pencher sur le financement des dépenses croissantes liées à la révolution médicale.  Cette dernière pourrait se traduire par une hausse de 3 à 4 points de PIB de la part des dépenses de santé. « Nous avions réussi à stabiliser la part des dépenses de santé dans le PIB. Historiquement, c’est une anomalie », a remarqué Jean-Marc Aubert, directeur de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees, ministère de la Santé).

Des gains d’efficience insuffisants

Bientôt, les gains d’efficience que les pouvoirs publics et l’Assurance maladie s’efforcent chaque année de mettre en œuvre via la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) et les programmes de maitrise des dépenses ne suffiront plus à absorber la hausse des coûts. Laurence Albiges, médecin chercheur en oncologie et membre du conseil de surveillance de la Fondation Institut Gustave Roussy, en a donné un exemple avec le développement de l’immunothérapie dans le traitement du cancer.
Il y a une dizaine d’années, le coût du traitement du mélanome chez un patient métastatique s’élevait à 1600€ pour une espérance de vie de six mois. Aujourd’hui, avec l’immunothérapie – dont le principe consiste à réveiller le système immunitaire pour lutter contre la maladie -, ce coût atteint 220000 € pour une espérance de vie de deux ans.

Si les dépenses hospitalières liées aux pathologies lourdes incombent toujours, pour l’essentiel, à l’Assurance maladie obligatoire, les organismes d’assurance maladie complémentaire (Ocam) sortent de plus de plus d’un rôle de « payeur aveugle ». « Nous pouvons proposer des pistes de réflexion aux acteurs publics », a remarqué Christian Schmidt de la Brélie, directeur général du groupe de protection sociale Klesia. Alors que les assureurs déplorent souvent la faiblesse des contacts qu’ils ont avec les assurés, les OCAM restent aussi plus proches de ces derniers que l’Assurance maladie. « Nous sommes complémentaires mais nous sommes les seuls à avoir la proximité des nos concitoyens. Peu de gens se connectent à l’espace prévention du site ameli.fr », a ainsi comparé Christian Schmidt de la Brélie.

Un nouveau rôle

Ainsi, les OCAM sont bien placés pour mettre en œuvre des actions de proximité, comme l’a montré le récent accord conclu entre le groupe Klesia et la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) qui prévoit une consultation prévention non remboursée par la sécurité sociale pour la branche professionnelle du transport. Autre initiative, toujours de la part de Klesia, en partenariat avec la branche des hôtels, cafés et restaurants (HCR), la conclusion au début de 2018 d’une convention de mécénat de trois ans avec l’Institut Gustave Roussy.

Ce nouveau rôle du monde de  l’assurance sera aussi crucial pour faire face aux enjeux du vieillissement. Comme l’a souligné Pierre Mayeur, directeur général de l’OCIRP, une union d’organismes de prévoyance, les coûts liés à la dépendance, qui atteignent aujourd’hui 1,4 points de PIB vont doubler au cours des prochaines décennies. Mais le sujet est « complexe », dans la mesure où il n’y a « pas de causalité entre la hausse des dépenses de santé et le vieillissement », a-t-il observé. Il y a un consensus sur les gains d’espérance de vie, mais pas sur cette espérance en bonne santé, pour laquelle les scenarii varient.

Tout dépendra aussi des évolutions technologiques, en particulier avec le recours à l’intelligence artificielle et aux bases de données. De la même manière que « le chauffeur de taxi n’imaginait pas Uber ou la voiture sans conducteur, les professionnels de santé d’aujourd’hui n’imaginent pas la place du numérique demain », a noté Jean-Marc Aubert. Difficile donc de tirer des plans sur la comète… Alors que la révolution médicale pourrait devenir autant une source de dépenses que d’économies, il faudra veiller à ne pas tétaniser la recherche par des logiques budgétaires trop strictes.

Source : Argus de l’Assurance

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *